Finalement, on ne se rend pas bien compte. Non, en vérité, on ne se rend pas assez compte qu'au fond, en fait, les troubadours du Joli Marché Qui Rend Heureux sont des enfants qui voient le monde comme un grand parc d'attraction enchanté plein de jolis couleurs pastels rempli de gens en t-shirt Kello Kitty qui se tiennent par la main en se faisant des bisous...
Ce serait presque touchant, allez.
Tenez, cette conviction sincère et profonde qu'ils peuvent avoir que leur fameuse Main Invisible, là, il suffit de la laisser se débrouiller toute seule comme une grande pour créer spontanément une harmonie équilibrée qui ira pouf ! comme ça enrichir l'un en faisant le bonheur de l'autre...n'est-ce pas rafraîchissant, au fond ? Prendre connaissance de ce genre de choses, c'est un peu comme écouter votre nièce de trois ans avec ses couettes et ses grands yeux innocents vous raconter que l'éléphant, il a des ailes pour voler sur la montagne et il va retrouver la princesse des Fées pour se changer en prince charmant et la princesse des Fées c'est ma copine. C'est trop mignon.
Bon, à cette nuance près toutefois que les contes de fées que ces crétins se racontent à eux-mêmes ne provoquent qui ruines et destructions. Mais c'est comme des gosses, je vous dis : plus vous essayez de leur expliquer que l'éléphant, il peut pas avoir des ailes, ou que le Marché est structurellement incapable de se réguler tout seul, plus c'est des non c'est pas vrai, non tu dis n'importe quoi c'est même pas vrai d'abord, et à la fin, même résultat : on se roule par terre en pleurant et en poussant des grands cris sur l'air de "tu est trop méchant c'est même pas vrai d'abord !!!!" - ou, variante : tu est trop méchant et tu es pour le totalitarisme, d'abord.
La même chose, vous-dis-je.
Sauf qu'à un moment, las, les faits sont têtus comme disait l'autre, et la méchante réalité elle fait rien qu'à embêter nos libéraux ; un exemple bouleversant avec Jean Quatremer, le Lou Ravi européiste qui se rend compte dans le dernier billet de son blog assez ridicule que ô funeste surprise, figurez vous que les marchés financiers, ils sont très méchants.
"Jour après jour, il apparaît de plus en plus clair que des banques et des fonds spéculatifs américains jouent l’éclatement de la zone euro : d’abord la Grèce avant le Portugal, l’Espagne, etc. Pas par idéologie, mais pour empocher un maximum de bénéfices".
Fichtre foutre, en effet : les banquiers sont de sombres bâtards, et aidés des fonds de pensions, ils s'en prennent aux sous européens. Alors ça, pour une surprise surprenante...
"Le problème est qu’il ne sert plus à rien d’expliquer que la faillite de la Grèce est totalement improbable. Les marchés sont entrés dans une zone où la rationalité n’est plus de mise. Les rumeurs les plus folles circulent, les banques calculent déjà leurs pertes en cas de défaut de la Grèce, la panique s’étend d’heure en heure, alimentée par des déclarations boute feu, telle celle du gérant obligataire américain, Pimco, qui recommande « de se tenir à l’écart de la zone euro »… Résultat : l’euro et les bourses plongent et la Grèce et ses citoyens payent le prix fort".
Oui, Jean Quatremer, ça s'appelle le néolibéralisme. Tu savais pas ?
"Que se passe-t-il réellement ? Selon des informations fiables que j’ai obtenu vendredi, émanant à la fois d’autorités de marché et de banques, une grande banque d’investissement américaine (qui a bénéficié du plan de sauvetage des banques US) et deux très importants hedge funds seraient derrière les attaques contre la Grèce, le Portugal et l’Espagne. Leur but ? Gagner un maximum d’argent en créant une panique qui leur permet d’exiger de la Grèce des taux d’intérêt de plus en plus élevés tout en spéculant sur le marché des CDS, un marché non régulé et totalement opaque, afin là aussi de les vendre plus cher qu’ils ne les ont achetés".
On sent bien la grosse révolte, là, non ? Brouuuu, il est pas content, Jean Quatremer, ah non alors.
Mais attendez : il va réagir et énergiquement, mordiou.
"Face à une telle attaque, l’Union européenne ne peut plus rester l’arme au pied. Elle doit essayer de calmer les marchés en leur faisant comprendre qu’ils sont victimes de spéculateurs et qu’ils risquent de perdre beaucoup en les suivant".
Oui, c'est là que vous pouvez rire.
L'Union européenne, qui n'est pas mais alors pas du tout soumises aux critères de convergences qui vont dans le sens d'une joyeuse libéralisation de tout, elle va agiter son gros doigt grondeur et les méchants spéculateurs ils vont se frapper le front du plat de la main et disant "OUPS !" et ils vont arrêter de faire des bêtises. L'éléphant avec des ailes. La princesse des Fées. Pareil. Sauf que dans la bouche d'une gamine haute de 90 cm, c'est adorable. Le lire par un grand garçon comme Jean Quatremer, c'est, comment dire...embarrassant.
"Il devient aussi nécessaire que l’Union affirme sa solidarité sans faille avec les pays attaqués. L’heure n’est plus au rappel du traité de Maastricht qui interdit que l’on vienne au secours d’un État membre de la zone euro (...) "
Rétropédalage admirable, en vérité ! Euh, au fait, en 1992, Jean Quatremer, il a voté oui ou il a voté non, au Traité de Maastricht ? D'après vous ?
Et le dernier paragraphe, sublime entre le sublime :
"Les marchés ont une nouvelle fait la preuve qu’ils ne comprennent qu’un langage : celui du pouvoir, brutal de préférence".
Jean Quatremer aurait pris sa carte à Lutte Ouvrière, arguant que le NPA ne respecte plus les fondamentaux du marxisme léninisme.
Mais une seconde.
Ils sont devenus méchants, les marchés ?
Et Jean Quatremer, l'économie de marché, il trouvait pas ça überkewl il y a encore peu ?
Et le Traité de Maastricht, qui a entériné la "libre circulation des personnes, des services et des capitaux", il serait pas pour ainsi dire un tout petit peu responsable de ce genre de situation ?...
Mais on ne perdra pas de temps à se demander si les imbéciles européistes qui ont défendu tous les traités libéraux n'ont pas également une bonne part de responsabilité dans cette entreprise de prédation.
On connaît d'emblée la réponse.
Et voir un Jean Quatremer qui après avoir encouragé l'incendie, se mettre à brailler qu'il est urgent de trouver un extincteur, ça finirait par rendre un peu méchant, quand même.
Des gosses, vous dis-je. De très très sales gosses.
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C.S.P - Source :
C.S.P